Règles

Taxe de 2 € sur les petits colis : appliquée quatre mois, abrogée au 1er juillet 2026

La taxe française de 2 € par article sur les petits colis s'est appliquée du 1er mars au 30 juin 2026. La loi prévoyait sa fin : abrogée, pas suspendue.

Parue dans l’édition 7 du

La taxe française de 2 € sur les petits colis n'est ni appliquée ni suspendue : elle est abrogée depuis le 1er juillet 2026. Créée par l'article 82 de la loi de finances pour 2026, elle a frappé du 1er mars au 30 juin les articles des envois d'au plus 150 € importés de pays tiers. Le verbe employé par le ministère le 30 juin, « suspendra », ne correspond à aucun texte. C'est la loi qui prévoyait sa propre fin, et un décret du 3 juillet en a constaté la date. Aucun texte publié ne prévoit son retour. Le droit de douane européen de 3 € par article a pris le relais le même jour.

Ce que prévoyait l'article 82

La taxe vise les envois déclarés en douane sous la forme simplifiée dite H7, à raison de 2 € par « article de marchandise ». L'article n'est ni le colis ni la pièce. Selon les questions-réponses de la douane, c'est une catégorie de produits au niveau de la nomenclature à six chiffres, quel que soit le nombre de pièces : un colis de trois pantalons et deux chemises paie 4 €. En décembre 2025, la douane calculait qu'une taxe de 2 € par article renchérirait de 31,5 % le prix moyen des articles de ces envois.

Le redevable est celui de la TVA à l'importation : pour une vente en ligne, le vendeur ou la plateforme inscrits au guichet unique de TVA (IOSS) ou redevables de cette TVA à un autre titre, et à défaut l'acheteur, pour qui le représentant en douane collecte la taxe. Les envois entre particuliers de moins de 45 € en sont exonérés. La note aux opérateurs du 26 février précise qu'un retour n'ouvre droit à remboursement que si la déclaration en douane est invalidée.

Du projet de loi au relais européen

La taxe française sur les petits colis, étape par étape, telle que l'écrivent les textes officiels (montant par article de marchandise ; vide après l'abrogation)
Date du texte (de sa publication au JO pour les réponses parlementaires)ÉtapeTaxe française par article de marchandise (€)
14 oct. 2025Dépôt du projet de loi de finances pour 2026 : taxe « relative aux frais de gestion des petits colis », par article de marchandise, abrogée à l'entrée en vigueur d'un prélèvement de l'Union couvrant les coûts des contrôles douaniers, au plus tard le 31 décembre 20262 €
1er déc. 2025Le Sénat adopte un amendement qui porte le montant à 5 € par article et fait du redevable de la TVA à l'importation le redevable de la taxe5 €
19 févr. 2026Loi de finances promulguée : 2 € par article de marchandise d'un envoi de faible valeur, dus par le redevable de la TVA à l'importation, à partir du 1er mars 2026 ; abrogation à l'entrée en vigueur du prélèvement de l'Union « constatée par décret », au plus tard le 31 décembre 20262 €
26 févr. 2026Note de la douane : remplacement « envisagé » par une taxe européenne couvrant les frais de gestion des contrôles, « au plus tard au mois de novembre 2026 »2 €
1er mars 2026Entrée en vigueur de la taxe2 €
25 mars 2026Réponse du gouvernement à l'Assemblée : la taxe s'appliquera jusqu'à la taxe européenne pour frais de gestion, au plus tard le 31 décembre 2026 ; sa suspension « n'est envisageable que par une modification de la loi »2 €
26 mars 2026Réponse du ministre de l'action et des comptes publics : « Le 1er novembre, une taxe européenne supplémentaire de 2 euros se substituera à notre taxe nationale »2 €
24 avr. 2026Décret sur la déclaration et le paiement de la taxe auprès de la DGFiP2 €
30 juin 2026Communiqué du ministère : la France « suspendra au 1er juillet » sa taxe nationale2 €
1er juil. 2026Premier jour du droit de douane de l'Union de 3 € par article ; la taxe française cesse de s'appliquer–
3 juil. 2026Décret constatant au 1er juillet 2026 l'entrée en vigueur des dispositions de l'Union visées par la loi ; il vise le règlement (UE) 2026/382, qui institue le droit de 3 €–
8 juil. 2026La douane indique que la taxe « est abrogée au 1er juillet 2026 »–
21 sept. 2026La Commission fixe les frais de traitement de l'Union à 2 € par article–

Source : Loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 82 (JO du 20 février 2026) ; décret n° 2026-589 du 3 juillet 2026 (JO du 4 juillet 2026) ; DGDDI, note aux opérateurs n° 26000035 du 26 février 2026 ; Assemblée nationale et Sénat, Taxe française de 2 € sur les petits colis : chronologie des textes, octobre 2025 - septembre 2026, 4 juillet 2026

Le Sénat a porté le montant à 5 € le 1er décembre 2025 (amendement n° I-1263 rect. quater) ; la loi promulguée le 19 février 2026 est revenue à 2 €. Elle a conservé en revanche le reste de cet amendement : le redevable n'est plus le déclarant en douane, comme dans le projet de loi, mais le redevable de la TVA à l'importation. Elle fixe aussi l'entrée en vigueur au 1er mars.

La fin, elle, était écrite dès le départ. Le projet du 14 octobre 2025, qui instaure une « taxe relative aux frais de gestion des petits colis », l'abroge à l'entrée en vigueur d'un « prélèvement général » de l'Union destiné à « couvrir les coûts de contrôles douaniers », date « constatée par décret », et au plus tard le 31 décembre 2026. La loi reprend la formule. Le 26 février, la douane évoque le « remplacement envisagé » de la taxe par une taxe européenne couvrant ces frais, « au plus tard au mois de novembre 2026 ».

Une fin constatée par décret, plus tôt qu'annoncé

En mars, la parole officielle hésite. Dans une réponse publiée au Journal officiel du 25 mars, la ministre déléguée Anne Le Hénanff indique que la taxe s'appliquera « jusqu'à la date d'entrée en vigueur de la taxe européenne pour frais de gestion », et que sa suspension « n'est envisageable que par une modification de la loi » ; dans le même échange, elle approuve le député qui la dit supprimée au 1er juillet (question n° 642). Selon le compte rendu publié le 26 mars, le ministre David Amiel annonce que « le 1er novembre, une taxe européenne supplémentaire de 2 euros se substituera à notre taxe nationale » (question n° 1389).

La loi n'a pas été modifiée. Le 30 juin, le ministère annonce que la France « suspendra au 1er juillet » sa taxe. Le décret n° 2026-589, signé le 3 juillet et publié le 4, constate au 1er juillet l'entrée en vigueur des dispositions européennes visées par la loi : il vise le règlement (UE) 2026/382, celui du droit de 3 €. Le 8 juillet, la douane écrit que la taxe « est abrogée au 1er juillet 2026 ».

Lecture de l'Observatoire : la formule de la loi décrit mieux les frais de traitement européens que le droit de 3 €. L'acte délégué du 21 septembre les fixe à 2 € par article et les rattache au coût des vérifications, de l'analyse de risque et des contrôles. Le décret ne motive pas son choix. La date qu'il constate précède de quatre mois l'échéance de novembre évoquée par la douane et par David Amiel.

Le contexte éclaire ce calendrier sans l'expliquer. Le 25 mars, la ministre déléguée indiquait qu'« environ 90 % des flux » déclarés en France, surtout à Roissy et à Vatry, l'étaient depuis le 1er mars dans un autre État membre, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg n'ayant « finalement pas institué cette taxe ». Le communiqué du 30 juin ne cite, lui, que l'arrivée du droit européen.

Ce qui a pris le relais

Depuis le 1er juillet, le droit de 3 € par article s'applique dans toute l'Union ; son mécanisme est détaillé dans notre analyse du droit de 3 €. Selon le ministère, l'Union perçoit ces droits et en reverse 25 % au pays qui dédouane. Les frais de traitement de 2 € doivent s'y ajouter, annoncés par le ministère pour le 1er novembre. Trois euros de droit et deux de frais : le total rejoint les 5 € votés par le Sénat, cette fois à l'échelle de l'Union, comme l'annonçait David Amiel pour la fin de l'année.

Ce que les chiffres ne disent pas

Aucun chiffre officiel du produit de la taxe n'a été publié à notre connaissance. Un député a cité 500 millions d'euros « inscrits au titre de cette taxe », une sénatrice 400 millions de recettes attendues et un rendement de 2,3 millions d'euros par mois « selon les informations parues dans la presse » ; sa question écrite du 21 mai attendait toujours sa réponse le 25 septembre. Les 90 % de flux déclarés hors de France sont une déclaration ministérielle, sans série publiée.

Les textes ne prévoient aucun remboursement des taxes dues entre le 1er mars et le 30 juin. Une recherche dans le BOFiP, qui publie la doctrine fiscale, ne renvoyait le 25 septembre aucun commentaire de cette taxe : ses règles pratiques tiennent dans la note et les questions-réponses de la douane. Enfin, la date d'application des frais de traitement reste à confirmer au Journal officiel de l'Union européenne.

Source : Loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 82 (JO du 20 février 2026) ; décret n° 2026-589 du 3 juillet 2026 (JO du 4 juillet 2026) ; DGDDI, note aux opérateurs n° 26000035 du 26 février 2026 ; Assemblée nationale et Sénat, Taxe française de 2 € sur les petits colis : chronologie des textes, octobre 2025 - septembre 2026, 4 juillet 2026

Sources